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 LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT

 

    


   

 

      

      1/ " La ville bleue " (2005)

Toute photographie est une histoire de fenêtre, celle-ci en est une sur la ville, la partition de l'image en trois fragments peut,
dans un premier temps, " perturber " le regard, la ville semble traversée de part en part, l'alliance de la couleur et du noir et blanc
accentue encore cette impression.
Et ce mur de verre, ce mur qui nous fait face n'est pas rigoureusement plat, il semble " onduler " légèrement.
Cette cité existe-t-elle vraiment où n'est-elle qu'une succession de reflets ? une construction étrange de verre et d'acier ?
L'œil parvient difficilement à s'y orienter, d'autant que l'image n'est pas délimitée et qu'elle se poursuit au-delà du cadre.
La couleur bleue peut nous faire penser que le ciel n'est pas loin, pourtant on ne le voit pas … on ne fait que l'imaginer…
Malgré tout la lumière y est très présente et conjure peut-être une " lecture " trop angoissante.
Alors pourquoi les deux personnages sont-ils enfermés dans ce couloir ? Ils nous tournent le dos et regardent ce que nous
ne pourrons jamais voir. Le noir et blanc, le flou de ce couloir et de ces personnages nous plongent dans le rêve.
Si nous doutons que cette ville existe vraiment, nous pouvons alors imaginer que ces deux personnages vivent ailleurs,
dans un autre monde. Vers quoi se projettent-ils, vers quel départ ? Cherchent-ils à fuir ces villes de verre ?
Cette image est construite sur une symbolique de la rupture, de l'enfermement, de l'incommunicabilité entre deux mondes.
Et pourtant les deux personnages aperçoivent quelque chose au fond de cette image, en direction duquel ils vont.
Peut-être trouveront-ils un passage ?

 

 

        2/ " visages " (2006)

Encore une histoire de fenêtre… ici il est question de ciel, de nuages et de regards. Ce ciel découpé pourrait être un ciel de crépuscule,
la couleur rouge des nuages nous pousserait vers cette hypothèse, pourtant le bleu est toujours présent, il ne cède pas à la nuit.
La couleur rouge donne à cette photographie un équilibre, des points de repère, des accroches visuelles où le regard peut se poser.
Le mouvement se fait dans le sens habituel de la lecture, les nuages s'échappent vers la droite de l'image, peut-être vers un autre ciel.
Les visages, dans une reproduction inquiétante de mannequins identiques, s'échappent dans la même direction jusqu'à se fondre hors champ.
Tout comme dans La ville bleue, la présence humaine s'exprime en noir et blanc et en images floues, nous empêchant d'appréhender nettement
si ces femmes sont réelles.
On dirait que cette partie centrale de l'image insuffle à la photographie, image fixe par excellence, un mouvement, l'aspect d'une " image vidéo "
comme si ces visages passaient en boucle devant nos yeux.
L'absence de regard de ces femmes mannequins prolonge cette sensation de rêve. Pourquoi se sont-elles perdues dans l'immensité de ce ciel ?
Quant aux arabesques noires, elles semblent avoir été dessinées par une main invisible : désir de tout effacer ? de rayer ce ciel et ces visages,
ou au contraire de créer un lien entre eux. L'image dans son ensemble paraît émerger du sable, ce qui lui donne cet aspect granuleux, pourtant,
si l'on regarde plus attentivement, on se rend compte qu'il ne s'agit pas d'une plage mais d'une route goudronnée…
une route avec ses traces de peinture sombre qui envahissent un ciel crépusculaire et estompent ces femmes de cire… ou au contraire dans laquelle
le lecteur peut voir un ciel du matin, des visages qui s'éveillent et les traces de la nuit qui s'éloigne…

       

      3 / " La Rencontre " (1999)

Cette image a été créée bien antérieurement aux deux précédentes, elle est extraite d'une série,
" Rencontre…S " qui voulait illustrer les comportements d'un groupe humain dans des situations de communication.
L'utilisation du noir et blanc permet une identification plus sobre de ces chaises, en effet, alors que la couleur aurait peut-être tiré cette photographie
vers une " lecture " plus esthétique, nous sommes ici, dès le premier regard, dans le vif du sujet. La composition, très classique en triangle permet également
au récepteur de ne pas s'égarer dans une multitude d'interprétations ; les chaises sont au centre de l'image et regardent le banc qui devient ainsi l'élément
central de cette histoire. Que peuvent bien se raconter ces quatre personnages ? s'agit-il d'une sorte de tribunal dans lequel le banc occuperait une place privilégiée
de médiateur ? La disposition des trois chaises implique une absence d'échange entre elles, elles paraissent aussi plus fragiles que le banc dont les pieds semblent ancrés
dans le sol de manière définitive.